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Martine Doucet

Comment survivre au printemps?

Je suis arrivée au magasin exaltée.

Qui peut m’aider? Trois paires d’yeux se levèrent vers moi.

Je cherche un nouveau parfum. C’est là que ça se passe, j’ai besoin de changement et on a 30 minutes pour le faire! Dans son kiosque, la dame avait dû en voir d’autres des femmes comme moi qui à défaut de changer d’adresse, de job ou même de coupe, venaient en magasin changer d’identité olfactive. Un moindre mal, admettons-le.

Ce jour-là, j’ai tout étudié. Les chypres, les agrumes, avec un peu de jasmin ou de romarin… Qui suis-je? Où vais-je? Les noms évocateurs des parfums exigeaient de me définir: une Good girl gone bad ou un ange sage qui va Straight to heaven?

Le printemps ébranle la vierge stable en moi. Malgré le fait que j’espérais la belle saison, je suis bouleversée chaque année par la charge d’émotions qu’elle m’insuffle. J’ai l’impression de me sentir comme un chien encabané qui regarde par la fenêtre. Comme une maison de banlieue cossue qui zieute le condo de ville avec envie, comme la bouffe santé qui désire le hamburger, comme le poumon qui repense avec mélancolie à sa cigarette slim… C’était l’fun, une menthol, bien dosée, non?

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Je veux tout

Depuis des semaines, la terre tremble pour laisser la verdure se déployer. Mon jardin secret a besoin de lumière. Pourtant, j’aimerais tellement calmer mes ardeurs vivaces. Ariane Moffat le chante si bien. Je veux tout, toi et les autres aussi. Je veux tout, tout de suite et ici! C’est d’ailleurs spécial qu’Ariane ait lancé une nouvelle chanson il y a quelques jours, intitulée Les apparences, sur l’acceptation de ce qui est.

On ne change pas, c’est toujours pareil…

Et pourtant, tout a été imaginé dans notre société de consommation pour nous faire désirer le changement. On veut du neuf, sous toutes ses formes. Surtout quand on est une fille. On ouvre n’importe quel média et tout nous ramène vers l’amélioration de son être, de son âme ou de son sillage. On se fait convaincre que nos pointes sont tellement fourchues, que nos ongles sont si cassants, que nos dents s’entartrent à la vitesse grand V, mais que notre remise en forme est imminente… Si on suit les 9 conseils ci-dessous…

Dans les boutiques, on ne nous offre plus quatre saisons, mais huit minicollections pour attiser nos désirs vestimentaires. En épicerie, les produits alimentaires et ménagers doivent améliorer leurs formules à défaut de se faire tasser des tablettes. À la télé, on est bombardés de nouveautés chaque saison. Aujourd’hui, quand une émission est diffusée trois ans, elle est considérée comme faisant partie de l’âge d’or.

Même les plus granos n’y échappent pas. On détox sa vie, on carbure aux cures de produits naturels, on se paye les tous les « pathes » dans l’espoir d’améliorer son bien-être… Et souvent, malgré toutes les gélules avalées, on s’aperçoit qu’on ne change pas, c’est toujours pareil. On a nos défauts, nos qualités et on se bat toute une vie pour changer ce qui fait notre unicité.

Pris dans ce mouvement de mutation constant, comment penser que nos petits êtres de chair n’ont pas besoin eux aussi d’une bonne analyse et d’un plan de marketing? Et en amour, comment penser que notre entité n’a pas besoin d’une fusion avec une nouvelle firme? Dans l’air de la consommation, cela serait tout à fait normal.

Quel parfum, moi, Mitsou Gélinas, devrais-je donc laisser sur mon passage en ce printemps 2018? Good girl gone bad ou Straight to heaven? Après 30 minutes, la femme du kiosque me regarde avec un air semi-tanné. Nerveuse, je lui indique qu’il ne me reste que trois minutes pour décider d’une fragrance, car je dois aller chercher ma fille à l’école (la réalité frappe dur!). J’insiste et lui annonce que même si je n’ai pas de coup de cœur, j’en achèterai une bouteille coûte que coûte.

Qu’est-ce qu’elle m’a dit la madame? Elle a refusé de me vendre quoi que ce soit en me lançant « vous reviendrez plus tard, cela serait plus sage ». Débinée, mais aussi soulagée, je suis repartie avec un sac d’échantillons qui, franchement, ne me vont pas de toute manière.

On ne change pas, c’est toujours pareil, et c’est peut-être mieux comme ça. Même quand on veut tout, tout de suite et maintenant. Peut-être vaut-il mieux apprécier cette énergie nouvelle sans tout balayer sur son passage.

Bon printemps!

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