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Bref, je veux un chum

J’aurai bientôt quarante ans.

Je suis assez vieille pour avoir vécu l’époque du «je frenche un gars pis il devient automatiquement mon chum».

Je n’exagère presque pas.

Je suis assez vieille pour avoir vécu «l’avant Internet»; le temps où les individus devaient user de beaucoup plus de courage et d’imagination pour se ramasser en relation intime avec quelqu’un.

Quand on était trop gêné pour parler à une personne qui nous intéressait, on envoyait sa meilleure amie lui parler, ou encore on lui écrivait une lettre (qui lui était remise par la même meilleure amie).

«Veux-tu sortir avec moi? Oui ou non?»

On jouait à la bouteille.

À vérité ou conséquences.

On attendait impatiemment les «slows», à la danse de l’école, ou encore lors des partys de sous-sols d’église.

Asti qu’on était contents quand November Rain partait.

On trépignait.

On le savait qu’on allait pouvoir se coller sur l’être convoité pendant neuf minutes.

On se jouait dans les cheveux, on s’effleurait le cou…

(soupir)

Pis des fois, on frenchait.

Longtemps.

Pis on s’échangeait nos numéros sur des napkins, sur des paquets d’allumettes, ou encore sur un bout de paquet d’Export A arraché.

Ça fait un an que je suis célibataire.

J’ai eu plusieurs «p’tits chums».

Pis à 18 ans, j’ai rencontré celui qui est devenu, quelques années plus tard, le père de mes enfants.

On s’est frenchés pendant les «slows», à la Marina de Repentigny.
Dix ans plus tard, on s’est séparés.

Je me suis inscrite à tous les sites de rencontres populaires de l’époque, et je me suis mise à collectionner les conquêtes et, surtout, les déceptions.

J’étais dorénavant dans un catalogue.

J’étais la brunette de 5’2″, mince, enseignante, qui gagnait entre 35 000$ et 40 000$.

J’ai rencontré un paquet de gars qui aimaient les sushis, le gym, partir sur un nowhere, les soupers entre amis, ainsi que le vin rouge.

J’ai rencontré un paquet de gars qui n’aimaient pas les filles fake, ni les gens qui roulent à 100 km/h dans la voie de gauche.

De toute ma vie, je n’ai jamais fait les premiers pas pour me retrouver en relation avec un gars.

Un jour, j’ai rencontré Pascal.

Dans un bar.

Pis ça a fait BAAAAAM.

Je le voulais, celui-là.

On a jasé. Il m’a fait rire comme c’est pas possible.

Pis on est retournés chacun chez nous.

Pas d’échanges de numéros.

Pis ça a été comme ça plusieurs fois de suite.

Pascal n’était pas un cruiseur.

À cette époque, Facebook en était à ses balbutiements.

J’ai trouvé la page de Pascal.

Pis là, comme par magie, je suis devenue courageuse.

Après seulement quelques échanges, je lui ai proposé qu’on se voie, juste lui et moi.

Pis on s’est vus, juste lui et moi.

Ça a duré sept ans.

La plus belle histoire d’amour de ma vie.

Si Facebook n’avait pas existé, Pascal serait probablement resté le beau gars aux yeux bleus qui joue de la musique et qui se tient au même bar que moi.

J’ai laissé Pascal parce que je trouvais que les choses n’avançaient pas. Après sept ans, on vivait toujours chacun de notre côté, et moi je voulais à tout prix REFAIRE MA VIE.

Ce que je ne réalisais pas, à ce moment-là, c’est que pendant que j’aspirais à REFAIRE MA VIE, je ne vivais pas.

Et je ne réalisais pas la chance que j’avais d’avoir un VRAI CHUM. Un gars qui était donc fier de montrer sa blonde à ses chums. Un gars avec d’incroyables valeurs.

Un gars qui croit en l’amour.

J’avais presque oublié mon passage sur Réseau Contact.

Et je n’avais surtout pas réalisé que pendant ces sept années de relation amoureuse, le monde avait complètement «viré sur le top».

Je me suis ramassée seule, dans une jungle où prédateurs et proies changeaient  invariablement de rôle, allant de gauche à droite.

J’étais désormais seule dans le merveilleux monde du swipe.

J’ai vite compris que dorénavant, d’être une fille cute, intelligente et drôle ne suffisait plus.

Il fallait se battre.

Et il fallait, la plupart du temps, capituler.

Et je me suis mise à me questionner par rapport à mon propre comportement.

Abandonnais-je trop vite?

Avais-je une liste de critères trop exhaustive?

Me permettais-je de passer d’une «relation» à l’autre, parce que c’était désormais extrêmement facile de rencontrer?

Possible.

Depuis ma rupture avec Pascal, j’ai rencontré plusieurs gars.

Aucun d’entre eux n’a agi comme quand je frenchais sur November Rain.

Du moins, pas ceux qui auraient pu m’intéresser.

«Je ne cherche rien de sérieux.»

«Je ne veux rien de compliqué.»

«Mon passé est réglé, mais ça se pourrait que tu me voies liker toutes les photos de mon ex.»

«Je ne veux pas d’attaches.»

«I just wanna have fun. Profiter de la vie au maximum. On en a juste une, après tout.»

«Je ne veux pas de blonde. Je préfère te FRÉQUENTER pendant un an pis te présenter à mes chums comme LA FILLE QUE JE VOIS. Bien sûr, ce sera une relation exclusive.»

«Hein? Ça ressemble étrangement à la description d’une blonde, ce que je viens de te dire là? Ben non, c’est pas pareil. Une FRÉQUENTATION, tu peux crisser ça là avec ben moins de conséquences. Je tiens à me garder une porte de sortie, juste au cas où j’aurais un match avec une fille plus intéressante.»

Bien entendu, j’ai rencontré des gars extraordinaires, grâce à Internet.

Des gars drôles, brillants, qui ont de très belles histoires à raconter.

Des gars qui m’ont écoutée, m’ont dit que j’étais belle et m’ont invitée au restaurant.
Bien sûr, j’ai l’embarras du choix.

Le catalogue est rendu épais en esti.

Mais je n’ai toujours pas de chum.

Je ne veux plus «swiper».

Je ne veux plus qu’on me choisisse, parce que je réponds à des critères physiques et que je me trouve à 23 kilomètres de toi.

Je ne veux plus que tu me trouves donc hot, et que le lendemain, tu recommences à swiper: d’un coup qu’il y en aurait une plus hot que moi, quelque part.

Je n’ai plus envie d’être un échantillon.

Je n’ai pas envie d’essayer de me démarquer des autres, dans un monde virtuel, où personne n’est réellement ce qu’il dit qu’il est.

Je n’ai plus envie qu’on regarde mon compte Facebook et qu’on se dise «Wow, check donc ça, la belle fille qui a donc l’air d’avoir une vie sociale trépidante et d’être au-dessus de ses affaires», alors que je suis peut-être en grosses bobettes chez moi, les cheveux en bataille, le mascara d’la veille qui me coule jusque dans le cou, sur le Xanax, à me demander où je m’en vais et comment je vais payer mon prochain loyer.

Je n’ai plus envie de me faire dire 158 fois par jour que je suis belle.

Je veux un chum.

Et je veux la même chose pour mes enfants.

Je veux que le miroir perde de sa noirceur et qu’on se remette à vivre le moment présent. Qu’on cesse d’abandonner à la moindre contrariété.

Qu’on regarde plus la personne devant soi que son écran de cellulaire.

Je veux recommencer à croire aux contes de fées.

Parce que si l’amour n’existe plus, je ne vois pas ce qui pourra exister.

«So if you want to love me
Then darlin’ don’t refrain
Or I’ll just end up walkin’
In the cold November Rain
»

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