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La vraie nature : rêver loin

Êtes-vous de ceux qui ne sont pas capables d’écouter votre voix sur un message vocal? Ou peut-être souffrez-vous chaque fois que l’on vous montre une photo ou une vidéo dans laquelle vous figurez? Et que dire de vos albums photos de l’époque de Bon Jovi que vous ouvrez une fois par année? Vous riez sarcastiquement de votre tenue vestimentaire et dites que vous n’aviez pas d’allure, vous déchirez quelques photos au passage en refermant le livre aussitôt pour le cacher dans le fond de la bibliothèque en espérant que personne n’ait accès à cet objet d’horreur? Certains aspects de nous-même nous font l’effet d’une craie grinçant sur un tableau. Au lieu de les regarder avec amour et compassion, on voudrait y mettre le feu.

Denis Gagnon ; Mitsou Gelinas ; Mirianne St-Gelais ; Plateau de tournage de l’Émission La vraie nature Photo : Dominic/TVA Publications

Moi, c’est certains vidéos sur YouTube que j’aimerais déchirer. Surtout quand on me les présente à heure de grande écoute à la télé. Ce soir sera diffusée l’émission La vraie nature. Vous savez, cette émission où trois personnes se retrouvent dans un chalet un week-end et, entretenus par Jean-Philippe Dion, retournent dans leur passé à l’aide d’images, de vidéos et dévoilent dans un décor bucolique une partie de leur vraie nature? Bien que j’anime tous les jours avec Jean-Philippe à la radio, je n’ai pas eu accès au montage final de l’émission, car comme tous les invités, j’ai fait confiance à la production. Ce sont les règles du jeu, et c’est parfait comme cela. Mais en voyant la pub cette semaine, j’ai vu quelque chose que je n’aimais pas. Alors que je fus confrontée à des images de ma jeune carrière, j’ai eu une réaction que je regrette aujourd’hui.

Dans la cuisine avec la gang, je me suis jugée sévèrement, en me traitant de wannabe pornstar/chanteuse, exactement comme les gens le faisaient à mon égard à l’époque en me traitant de pétard mouillé, de poupée gonflable ou de dumb blonde sans réel talent. Ce que nous appelons aujourd’hui le slut shaming, je l’entendais à la radio, à la télé, je le lisais dans les quotidiens. Même si je sais aujourd’hui que tout ce qui est écrit dans le journal n’est pas nécessairement vrai, je sais aussi qu’il ce genre de commentaire s’imprime directement dans le cortex et que les diluants les plus solides n’effacent pas.

Je suis lucide sur le niveau d’expérience que j’avais à l’époque de mes 17 ans alors que j’entamais ma carrière, mais j’aurais dû aujourd’hui, en tant que femme, montrer de la tolérance et de la douceur envers la jeune artiste qui avait envie de tout bousculer sur son passage. Comment faire pour ne plus avoir la pulsion de déchirer les photos de ses albums, ou dans mon cas, vouloir briser Internet pour enlever certaines vidéos de YouTube? En réalisant à quel point on se juge pour protéger notre vulnérabilité. C’est notre nature de dénigrer chacun de nos gestes comme une folle du logis qui passe derrière en se critiquant ouvertement. En être conscient est certainement le premier pas vers l’acceptation de soi.

Pour mettre un peu de baume à cette douleur, j’aimerais lui dire, à cette jeune Mitsou, en ce 30e anniversaire du lancement de Bye Bye mon cowboy, qu’elle avait raison de croire à ce rêve, car elle était de cette nouvelle génération qui croyait à l’exportation du talent québécois. Il fallait le dire haut et fort pour pouvoir entamer cette démarche, individuelle ou collective et ainsi propulser la force de création artistique qui nous est propre. Le Cirque du soleil commençait ses tournées en Californie, Céline amorcerait une carrière en France, juste avant d’annoncer qu’elle était amoureuse de son gérant et qu’ensemble, ils s’attaqueraient aux États-Unis. Robert Lepage était sur le point de devenir celui qui nous rend fier partout sur la planète. J’embrassais ce mouvement avec ardeur, moi qui suis issue d’une mouture bien spéciale, avec un grand-papa, Gratien Gélinas, qui avait présenté son Tit-Coq à Chicago et à Broadway bien avant l’heure et qui était lui-même consumé par l’idée de briller hors frontières. Il m’a légué le désir de rêver loin, mais surtout, le plaisir d’écrire, qui ne me quittera jamais.

Ça fait longtemps que j’avais regardé cette vidéo jusqu’à la fin. Dommage qu’on ne regarde toujours le même petit extrait…

Cette vidéo est peut-être la preuve qu’en 30 ans, le Québec en a fait du chemin! En trois décennies, nous avons vu Guy A Lepage faire traduire Un gars une fille dans 26 pays et Xavier Dolan, né en 1989, devenir réalisateur primé à Cannes. On vient de partout pour tourner des films dans les rues et les studios de Montréal et que dire de notre expertise en jeux vidéo, en réalité virtuelle et maintenant, en intelligence artificielle dont nous sommes un des leaders mondiaux? C’est exactement à ça que je rêvais à 18 ans. Que nous soyons reconnus pour notre unicité et notre apport indéniable à l’art sous toutes ses formes. Aujourd’hui, lorsque mes associés et moi accueillons des producteurs dans nos studios MTL Grandé, ce désir de faire briller Montréal est assouvi par quelque chose de bien plus grand que mon rêve initial. C’est toute une industrie qui a réussi à se faire belle et désirable partout dans le monde et il n’y a rien de gênant là-dedans!

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